Brexit : des négociations fébriles dans la dernière ligne droite

Dans la dernière ligne droite, le marathon du Brexit continue. Après avoir trouvé un laborieux compromis technique sur les termes de leur divorce futur, les Européens et le Royaume-Uni travaillaient, mercredi, à mettre la dernière touche à une déclaration politique qui devra accompagner le traité de séparation. Une déclaration d’une vingtaine de pages, sans valeur juridique formelle, mais essentielle au plan politique puisqu’elle doit définir le cadre des négociations à venir sur la relation qui liera Londres et les Vingt-Sept au terme de la période de transition.

Biais politiques

Preuve de la difficulté des dernières tractations, Theresa May elle-même a fait le déplacement à Bruxelles, mercredi après-midi, pour s’entretenir avec Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, et Michel Barnier, le négociateur en chef des Européens.

Dans l’entourage de ce dernier, on espérait que cet entretien, qui ne devait pas être suivi d’annonce officielle, permettrait de débloquer les derniers points clefs. Une condition sine qua non au maintien d’un sommet extraordinaire, ce dimanche, au cours duquel les Européens doivent officiellement donner leur aval au traité de divorce.

L’hypothèque Gibraltar

Rien n’est encore acquis. L’Espagne vient de faire savoir qu’elle était en désaccord au sujet de formulations relatives à Gibraltar. Madrid veut s’assurer que toute question relative à l’avenir du « rocher » sous souveraineté britannique ne pourrait être tranchée, à l’avenir, sans son aval. Pour les Européens, un élément de solution à ce bras de fer consisterait à accompagner la déclaration du sommet de dimanche d’un texte explicitant l’interprétation de l’article qui inquiète Madrid. Cela suffira-t-il ? « Il y a des biais politiques évidents dans ce dossier », résume une source proche des discussions. En particulier, un calcul électoraliste de la part de Pedro Sánchez, le chef du gouvernement espagnol. Mais aussi une forme de revanche par rapport aux conditions dans lesquelles Madrid avait rejoint l’Union européenne, en 1986.

On se dirige vers des formulations à l’ambiguïté constructive.

Techniquement, un blocage espagnol ne pourrait pas empêcher les Européens de signer l’accord : il leur suffit d’une majorité qualifiée pour le faire. Mais le précieux affichage d’unité européenne qui a prévalu jusqu’à présent volerait alors en éclats. Et le signal serait très négatif, puisqu’un pays se trouverait en minorité au sujet de l’une de ses préoccupations principales.

Theresa May tente à nouveau, de son côté, d’obtenir des Européens des formulations satisfaisantes concernant la relation commerciale future, espérant une référence à un commerce « sans friction » pour mieux promouvoir l’accord au Royaume-Uni. Une demande qui a toujours été inacceptable pour les Européens. « On se dirige vers des formulations à l’ambiguïté constructive », lâche un proche des tractations.

« No brexit » ou « No deal » ?

Avant de rejoindre Bruxelles, Theresa May a une nouvelle fois affronté, à Londres, les questions de son Parlement qui va devoir voter sur son projet d’accord – probablement le 11 décembre. « Malgré ce que disent les gens, je pense que l’accord de retrait franchira » cet obstacle, a jugé mercredi la nouvelle ministre europhile du Travail et des retraites, Amber Rudd. Tout en estimant que si ce n’était pas le cas, les chances sont plus grandes d’aboutir à un « no Brexit » qu’à un« no deal ». Une mise en garde adressée aux Brexiters qui menacent de voter contre le projet d’accord.

Gabriel Grésillon
Bureau de Bruxelles
avec Alexandre Counis
Correspondant à Londres

source: lesechos.fr

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