Les Libanais rêvent de mieux pour leur pays à l’aube de ses 75 ans

Les négociations pour former un cabinet s’étirent maintenant depuis six mois, mais les efforts du premier ministre désigné Saad Hariri n’aboutissent toujours pas.

Personne n’a encore trouvé la formule magique pour satisfaire les exigences de chacun et faire tomber les oppositions et injonctions des différents courants politiques et groupes communautaires de cette démocratie confessionnelle.

Le président de la République, Michel Aoun, préoccupé par l’économie défaillante et les ingérences étrangères dans les affaires libanaises, a appelé tous les partis à mettre de côté leurs divisions sectaires et à se montrer responsables envers leurs électeurs dans son discours télévisé à la nation.

Le Liban aujourd’hui vit une crise de formation de gouvernement. Il est vrai qu’elle n’est pas unique, nous avons vécu ce problème dans le passé. Mais le Liban n’a plus le luxe de perdre du temps.

Michel Aoun, président du LIban

Un État paralysé

« Le système confessionnel, c’est le cadeau empoisonné laissé par la France explique l’historien, sociologue et ancien ministre Georges Corm. La communauté de droit commun qui avait été prévue n’a jamais existé. C’est une politique classique des colonisateurs, cette hyper communautarisation pour mieux dominer. »

L’héritage visible de ce système communautaire, c’est une paralysie chronique de l’État. Un État où chaque groupe politique qui se réclame au final d’une communauté religieuse veille à ses propres intérêts avant de voir au bien commun.

Ce que le Liban doit célébrer aujourd’hui, c’est le Libanais de l’ombre croit Georges Crom. Les hommes et les femmes ordinaires qui arrivent à une certaine logique de fonctionnement et préservent un ordre social sans véritable apport de l’État.

Même quand il y a un gouvernement, il est inefficace. Les Libanais sont habitués au pire, ils s’autogèrent. C’est important psychologiquement.

Georges Crom, sociologue et ancien ministre
La capitale libanaise vit une crise des déchets depuis plusieurs années

Un amoncellement de déchets à Beyrouth Photo : Reuters/Hasan Shabaan

Mais beaucoup de Libanais sont las de pallier à tous les manques et tous les dysfonctionnements pour survivre.

« Ça devient impossible de vivre au Liban. On n’en finit plus de compter les problèmes alors qu’on n’a aucun État qui gouverne », déplore Claude Jabre, qui organise aujourd’hui une manifestation citoyenne pour réclamer l’indépendance de la classe politique.

« Les déchets s’accumulent, poursuit-il. Vous ouvrez le robinet et c’est de l’eau polluée que vous avez, on n’a pas d’électricité, le chômage n’en finit plus d’augmenter, les gens ne peuvent plus se loger et la dette publique du pays donne froid dans le dos. Après toutes les guerres, on n’a toujours pas réussi à former un État ».

Claude Jabre était du mouvement « Vous puez » qui a vu le jour à l’été 2015 alors que des milliers de Libanais sont descendus dans la rue pour dénoncer la crise des déchets qui se sont mis à s’empiler partout au pays, dégageant des odeurs nauséabondes et causant des problèmes de santé.

Les manifestations ont été réprimées avec force par les autorités et le mouvement spontané s’est essoufflé. Mais Claude Jabre croit qu’il est encore possible de faire renaître le mouvement de ses cendres.

« En 2015, on n’était pas préparés. On ne se connaissait pas. Le peuple libanais est le maillon faible, comme on dit. Mais on a réussi à démontrer que les Libanais peuvent être unis au-delà de leurs sectes qui forcent un clientélisme électoral ».

On ne va pas tout régler avec une marche. Mais c’est le début de quelque chose. On ne fait plus confiance aux dirigeants, on n’attend rien d’eux.

Claude Jabre

« On n’a pas une vraie indépendance », conclut Claude Jabre. « L’Arabie Saoudite et l’Iran se mêlent de nos décisions politiques, on a mis deux ans à choisir un président, neuf ans avant d’avoir des élections et maintenant, six mois de querelles et on n’a toujours pas de cabinet. Que l’armée fasse une parade, son »show » annuel, ce n’est pas l’indépendance ».

« Fairouz, véritable expression de l’indépendance »

Fairhouz chante aux Émirats arabes unis.

La chanteuse linanaise Fairhouz fêtait cette semaine ses 83 ans. Photo : AFP/Getty Images/RABIH MOGHRABI

Cette semaine, les Libanais soulignaient un autre anniversaire qui a soulevé beaucoup plus d’enthousiasme. La légendaire Fairouz, un véritable monument de la chanson dans tout le monde arabe, fêtait ses 83 ans.

Sur les réseaux sociaux, politiciens et gens ordinaires ont multiplié les bons souhaits et les déclarations d’admiration.

« Sa voix me donne l’espoir que tout ira bien dans la vie et j’ai besoin de cette sécurité… Bonne fête à la légende libanaise », twittait un utilisateur.

Le député et membre du Courant patriotique du futur Ibrahim Kanaan lui, saluait « l’image du prochain vrai Liban. Et la patrie de la rosée et du Lys… La Patrie de mes grands-pères »

« Il est vrai que pour tous les Libanais, Fairouz est la plus belle et véritable expression de l’indépendance », dit Georges Corm. « Elle représente la liberté et elle n’a jamais été asservie par aucune secte religieuse. C’est elle le symbole du Liban et de l’Indépendance. »

Mon pays est une légende, il brille de dignité. Je ne sais pas pourquoi je t’aime tant, tu es ce qu’il y a de plus précieux pour moi.

Fairouz, extrait de la chanson Liban

Une légende dont rêvent encore aujourd’hui les Libanais.

Marie-Eve Bédard est correspondante de Radio-Canada pour le Moyen-Orient.

source: radio-canada

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

*

Publicité
:: Fringales ::