Prosur : La droite sud-américaine lance un nouveau forum régional

« Un forum sans idéologie ni bureaucratie, mais avec un fort engagement en faveur de la démocratie et des droits de l’homme » : c’est ainsi que le président chilien Sebastián Piñera définit le Forum pour le Progrès de l’Amérique du Sud (Prosur), dont le premier sommet s’est tenu vendredi à Santiago du Chili.

« Cette réunion avait pourtant un caractère idéologique très marqué », estime Federico Merke, professeur de relations internationales à l’Université San Andrés (Argentine). Parmi ceux qui avaient fait le déplacement au Chili : le président argentin Mauricio Macri (centre-droit), le colombien Iván Duque (droite), ou encore le brésilien Jair Bolsonaro (extrême droite), reçu par des manifestants en colère à Santiago.

Evo Morales (Bolivie) et Tabaré Vázquez (Uruguay)- rares chefs d’Etat de gauche dans une région qui a entamé un virage à droite – n’ont pas assisté au sommet. Et les ministres représentant les deux pays n’en ont pas signé la déclaration finale .

Le document, signé par huit pays, évoque une collaboration régionale en matière « d’infrastructures, d’énergie, de santé, de défense […] » et indique, référence implicite à la situation au Venezuela, qu’une « condition essentielle pour participer à cet espace sera le plein exercice de la démocratie. »

Nicolás Maduro, persona non grata

De fait, le président vénézuélien Nicolás Maduro était le seul dirigeant de la région à ne pas avoir été invité au sommet, alors que son principal opposant, Juan Guaidó, était convié à Santiago – où il n’a pu se rendre.

La vocation de Prosur reste floue, dans une région où se superposent déjà une dizaine d’organisations : Mercosur, Alliance du Pacifique, Celac… « Il y a davantage d’organisations que d’Etats en Amérique du Sud’, ironise Federico Merke, selon qui ‘Prosur s’est créé de manière précipitée pour tenter de remplacer l’Unasur. »

Fondée en 2008 par les ex-présidents de gauche Hugo Chávez (Venezuela) et Néstor Kirchner (Argentine), l’Union des nations sud-américaines s’est délitée au fil des ans. Pour le politologue Andrés Malamud, « l’Unasur a eu quelques succès, comme l’apaisement des tensions en Bolivie […] Mais lorsque la crise politique s’est aggravée au Brésil, l’Unasur est devenue une coquille vide. » La crise vénézuélienne, à laquelle l’organisation n’a pas su répondre, a été le coup de grâce : l’an dernier, six des douze pays membres ont quitté l’Unasur. L’Equateur, qui abrite pourtant son siège, a aussi claqué la porte de l’organisation il y a deux semaines.

Sans traité ni institutions communes, Prosur est loin, pour l’instant, de pouvoir prétendre à remplacer l’Unasur. « L’Unasur est une organisation internationale, une entité juridique. Prosur n’est qu’une déclaration de présidents. L’Unasur peut mourir, mais Prosur n’est jamais née », tranche Andrés Malamud.

Aude Villiers-Moriamé
Correspondante à Buenos Aires

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