Après la prison, le choc de la liberté

«L’enclenchement du processus judiciaire avec l’arrestation, l’incarcération est très impressionnant. Mais, à l’autre bout du processus, le passage à la liberté, longtemps idéalisé, devient souvent éprouvant pour la femme qui, aux prises avec les attentes de tous, doit reprendre une vie en société», explique Ruth Gagnon, directrice générale de la Société Elizabeth Fry du Québec – devenue la Société Justine Sarrazin dans Unité 9.

Roxane, l’une des femmes qui ont inspiré le personnage de Marie Lamontagne, a purgé une longue peine pour meurtre. Cette mère de famille avoue avoir eu de nombreuses difficultés à reprendre le contact avec ses enfants. «Ce sont des membres de ma famille qui avaient accepté de s’en occuper temporairement, et même si un avocat m’avait conseillé de bien mettre sur papier les termes de notre entente, ce fut quand même difficile de reprendre mon rôle de mère.»

Tant pour la mère que pour ses enfants, le fantasme des retrouvailles est très fort et tous pensent reprendre la vie comme avant. Ce n’est pas si simple.

«L’étiquette sociale risque d’amener plusieurs femmes à un constat d’échec. Elles sont très sensibles à l’impact que leur judiciarisation a eu sur leurs proches, et c’est souvent au moment du passage à la liberté qu’elles peuvent en prendre toute la mesure.»

Pour plusieurs femmes, particulièrement celles qui sont issues de petites communautés, le retour à la liberté exige parfois un changement complet d’environnement.

Sylvie Lanthier s’est retrouvée incarcérée pour la première fois de sa vie au début de la cinquantaine. «Pour changer de vie, j’ai aussi dû changer de ville et de cercle de connaissances.»

À Montréal, la Société Elizabeth Fry du Québec gère la seule maison de transition pour femmes, Maison Thérèse-Casgrain, qui joue un rôle déterminant dans la réinsertion sociale des ex-détenues.

«Avant de redevenir des citoyennes productives, les femmes doivent comprendre les causes de leur judiciarisation, explique Ruth Gagnon. Ce travail se fait véritablement à l’extérieur de la prison, en liberté. En général, plus la sentence d’incarcération a été longue, plus la femme aura besoin de services d’accompagnement et l’objectif est de lui éviter de vivre un nouvel échec.»

Sylvie Lanthier a pu bénéficier de ces services: «J’ai eu l’impression d’être laissée un peu à moi-même en prison. Ce n’est que durant les cinq mois passés à la maison de transition que j’ai pu recevoir toute l’aide dont j’avais besoin pour ne pas retomber dans les mêmes patterns. J’y ai appris à comprendre mon délit et à faire des liens avec ma jeunesse. J’ai toujours été un peu le mouton noir de ma famille.»

«Un atelier sur la gestion des émotions m’a vraiment aidée. J’y ai appris des trucs concrets, tout un bagage d’outils, et compris beaucoup sur la psychologie. Aujourd’hui, je les vois venir de loin, les manipulateurs!», ajoute-t-elle en riant.

«Dans le cas particulier des femmes judiciarisées, spécifie Ruth Gagnon, le passage à la liberté implique une démarche vers une autonomie affective et aussi financière, puisque la pauvreté est un facteur important de la judiciarisation des femmes.»

Désavantagées par leur nombre et, paradoxalement, par le fait qu’elles n’ont souvent pas commis de crimes violents, les ex-détenues n’ont encore qu’un accès limité à des services par rapport aux hommes. Il est par exemple très difficile, voire impossible, pour une femme de trouver un logement abordable et stable lorsqu’elle possède un casier judiciaire, alors que c’est souvent l’accès à un logement subventionné qui permet de sortir de la criminalité.

«Quand tu donnes une chance à une ex-détenue, elle la rate rarement, constate Ruth Gagnon, après 30 ans de carrière auprès des femmes judiciarisées. Et quand tu aides l’une d’elles, c’est aussi tout un réseau familial et social que tu soutiens autour d’elle.»

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